Déficit d’Horizon

Déficit d’horizon est une suite d’images où le réel reste intact mais fissuré. Je travaille la photographie comme une langue : quelques symboles, des glissements de sens, des silences. Ce qui manque compte autant que ce qui est montré.

Déficit d’Horizon

Déficit d’horizon est une suite d’images où le réel reste intact mais fissuré. Je travaille la photographie comme une langue : quelques symboles, des glissements de sens, des silences. Ce qui manque compte autant que ce qui est montré.

La photo source a été prise avec mon téléphone sur les berges du Rhône, à Lyon. Sa version noir et blanc a été mise en avant dans Flickr Explore le 24 juin 2026. Dans ces moments-là, je suis reconnaissant d’avoir l’appareil à portée de main, de pouvoir fixer ce que je vois et ce que je ressens dans une image arrêtée. Mais il manque toujours quelque chose. J’attends encore de comprendre ce que j’ai vu de plus que la réalité elle-même. L’ange des caniveaux naît de ce manque.
L’Ange des Caniveaux tournait dans ma tête pendant six mois. Je savais que je portais une réalité différente de celle que j’avais captée ce jour-là sur les berges du Rhône. Je marchais à Lyon, avec mes écouteurs, en laissant Spotify dérouler ses recommandations, quand « The Labyrinth Song » d’Asaf Avidan a commencé. Là, j’ai vu exactement ce qui manquait : cet homme manquait d’ailes, et l’image manquait d’une graine d’usure, quelque chose du temps, du sable, qui abîme doucement les anges oubliés au bord de l’eau.
La photo a été prise dans la cour du musée des Beaux-Arts, à Lyon, pendant une soirée au musée. À peine la scène apparue dans le viseur, je savais exactement ce que j’allais faire.
Calcium vandalisé.
L’amour encadré comme un graffiti.
Un reste brouillon laissé sur une structure déjà condamnée.

La photo originale a été prise lors d’une randonnée avec des amis à la Dent de Crolles, Grenoble, Isère. Elle n’a été publiée que récemment, comme si l’image devait d’abord rester en réserve.
Puis les symboles sont arrivés : quelques oiseaux dessinés, un avion de papier lancé dans le vide. Le corps reste au bord du gouffre, mais c’est le manque de perspective qui devient le sujet. Déficit d’horizon, c’est ce moment où le paysage disparaît et où il ne reste plus que l’intérieur de la tête.
Ozzy n’est pas juste un chat posé sur une table en bois. C’est une présence lourde, un gardien presque spectral qui surgit de la nuit avec la guerre encore accrochée à sa fourrure. J’ai pris cette photo en couleur, puis je l’ai passée en noir et blanc parce que la couleur ment, parce qu’elle distrait. Je voulais cette intensité brute, ce regard qui semble lire à travers la viande et les os.
Ensuite, j’ai dessiné cette silhouette féminine, auréolée de rayons, directement sur sa poitrine. La force animale d’Ozzy me semblait incomplète, vide. En y superposant cette figure, j’ai voulu réunir ce qui se déchire : la bête et le divin, l’ombre et la lumière, l’instinct qui tue et l’amour qui pardonne. Tout se joue là, sur ce morceau de bois, dans la lumière de la cuisine.
Une abeille, encore intacte, dans la douceur trompeuse de la fleur.
Puis le glitch : une mort silencieuse, numérique, presque tendre. Ce n’est plus une blessure du corps, mais une désintégration de la perception.
Back to Top