un océan de jaune.
les tournesols, des millions de visages fanatiques,
tous tournés vers toi.
et toi, au centre de ce culte silencieux,
les mains ballantes, un peu perdue.
je te cherchais
mais tu ne semblais pas me voir,
noyée dans l'éternel jaune de l'automne.
ton regard a croisé le mien.
un éclair.
le masque est tombé,
le visage s'est tendu,
une toile de muscles en alerte.
tu as essayé de sourire.
c'était un rictus,
une faille dans le temps.
ce n'était pas un sourire.
c'était un mot qu'on ravale avant de le dire.
un murmure qui implore sans le faire.
j'ai voulu te rejoindre.
les jambes ancrées, le corps de plomb.
je sentais tout :
le vent sur mon visage,
le parfum de la terre humide,
mais mon corps était une statue,
une effigie de mon impuissance.
la volonté a frappé,
une onde de choc.
j'ai bougé.
lentement, puis plus vite.
tu étais à quelques pas.
et tu t'es effacée.
une vapeur,
un souvenir qui se dissipe,
un filament de fumée.
j'ai essayé d'attraper l'air où tu avais été.
il ne restait rien.
un néant pesant.
l'odeur de tes cheveux,
l'écho de ton souffle,
la lumière dans tes yeux.
rien.
et les tournesols,
ces têtes qui te vénéraient il y a une seconde,
se sont tournées vers moi.
leurs têtes lourdes comme le regret 
se sont inclinées et m'ont jugé.
un cri,
un corbeau,
une voix rauque qui lacère le silence.
et je me suis réveillé.
j'espère que tu as trouvé ton chemin,
hors du champ, loin des tournesols.
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